Mon cher petit H.,
Alors que mon parcours ici approche de son terme, un petit mot de préambule pour évoquer Aisling, Anne-Laure, Julie et Marie, Ben, Henri et Loul, sans qui mon voyage ici n’aurait pas été le même : ni aussi riche, ni aussi intense, il aurait même souvent perdu une partie de son sens ou se serait trouvé considérablement raccourci. J’aurais aimé pouvoir te présenter chacune et chacun, mais si tu peux sonder mon cœur – et quelque chose me dit que tu le peux – tu sais à quel point leur rôle dans cette aventure, quoique très différent de l’un à l’autre, m’a été précieux.
Hier c’était jour de lessive et alors que mes chaussettes et mes caleçons tournaient, je me suis livré à un exercice auquel j’ai eu peu le temps de me consacrer, depuis que je suis ici : une revue de la presse israélienne (anglophone et francophone) du jour. Evidemment, je n’ai pas totalement choisi cette journée par hasard, car je tenais à pouvoir te faire ce compte rendu aujourd’hui, 27 janvier, journée mondiale de la mémoire de l’Holocauste.

Shoah et antisémitisme. Le dossier de l'édition française du Jerusalem Post. © Tous droits réservés.
Comme le rappelle notamment l’édition francophone hebdomadaire du Jesuralem Post, la résolution 60/7 du 1er novembre 2005 de l’Assemblée générale des Nations unies consacra cette date à la mémoire des victimes de la Shoah. C’est donc un peu ton anniversaire, aujourd’hui, une nouvelle fois, un mois pile après la date de ta naissance. A cette occasion, le « Post-hebo », consacre un long dossier au devoir de mémoire et à ses implications, notamment sur les rapports israélo-allemands ou dans des domaines comme la littérature et le cinéma. L’éditorial du magazine débute par ces mots : « Auschwitz. Un seul mot pour conjurer l’horreur. » ; il se conclut ainsi : « Les nations doivent non seulement préserver et protéger les vestiges du camp de la mort en tant que témoin de l’horreur, mais aussi en tant que cimetière juif. » Le ton est donné.

Le titre de cet article d'Haaretz suggère que le témoignage des survivants est utile pour comprendre la Shoah. Pas bête... © Tous droits réservés.
L’édition anglophone d’Haaretz célèbre cette date en évoquant l’inauguration par le premier ministre israélien, Binyamin Netanyahu, d’une exposition consacrée à Yad-Vashem aux plans des camps d’Auschwitz-Birkenau. A cette occasion, devant 80 diplomates accrédités auprès de son gouvernement, le chef du cabinet de l’Etat juif a pointé un doigt accusateur vers les critiques de la politique israélienne : « J’entends de nouveaux appels à la destruction de l’Etat hébreu. C’est notre problème, mais pas seulement, c’est celui de l’humanité tout entière et nous verrons bien, au cours des prochaines semaines, comment la communauté internationale s’attaquera à cette infamie avant qu’elle ne se propage. ». Le Jerusalem Post, dans son édition quotidienne, adopte un ton résolument polémique et offensif en sous-titrant un article consacré à la « nécessité d’un devoir de mémoire précis » : « La seconde guerre mondiale a été déclenchée par l’Allemagne Nazie, pas par l’Union Soviétique et la responsabilité des 35 millions de morts européens, parmi lesquels 29 millions de non-Juifs, repose sur l’Allemagne Nazie, pas sur Staline. Commémorer les victimes des uns et celles des autres de la même manière constitue une distorsion [de l’Histoire]. » Le corps de l’article précise qu’en dépit de la forte proportion de juifs parmi les victimes du Stalinisme, il est impossible d’imputer un génocide juif au « petit père des peuples ».
Sur un autre sujet, la différence d’orientation politique entre Haaretz et le Jerusalem Post est particulièrement sensible, aujourd’hui, dans le traitement d’une information attendue depuis longtemps par les observateurs du Proche-Orient : la suite donnée par Israël au rapport Goldstone, du nom du juge (juif et) Sud-Africain mandaté par le secrétaire Général des Nations unies pour éclairer la conduite de la guerre de Gaza. Alors qu’Haaretz souligne que Netanyahu, Ehud Barak (ministre israélien de la Défense) et Gabi Ashkenazi (chef d’état-major de Tsahal) se sont mis d’accord pour mettre sur pied une commission d’investigation sur l’opération militaire de l’année passée, le Jerusalem Post insiste sur la « réplique » israélienne à Goldstone. Le Post considère également que si Israël a déjà conduit des enquêtes sur les actions menées par ses soldats dans le cadre de « plomb durci », le Hamas, également mis en cause par le rapport Goldstone, n’a rien fait de tel.
Certains israéliens sont pourtant enclins à l’autocritique : de l’aveu même d’un ministre du gouvernement Netanyahu, cité par l’édition française du Post, les Israéliens ont de nets progrès à faire en matière de tolérance raciale. Sofa Landver, qui détient le portefeuille de l’Intégration, s’appuyant sur une étude menée auprès de 500 israéliens et rendue publique le 19 janvier, déclare sans nuance : « Israël est un pays raciste ». En effet, ce sondage met en évidence une nette hiérarchisation des préférences des Israéliens concernant leurs compatriotes : les Sabras (juifs nés en Palestine) sont considérés comme les voisins de palier idéals, suivis par les Israéliens d’origine américaine ou française. Les immigrés venus d’ex-URSS et d’Ethiopie ferment la marche.
La même édition française du Post offre également un signe d’espoir en relatant une première « Rencontre pacifique à la Knesset ». En effet, le 19 janvier également, l’hémicycle israélien accueillait, pour la première fois de son histoire, à la fois des journalistes israéliens et palestiniens. Certes, tous les Palestiniens de Cisjordanie qui avaient souhaité assister à cet événement n’ont pu s’y rendre. Certes aucun journaliste Gazaoui n’était présent à Jérusalem pour l’occasion. Certes la rencontre a été très brève et n’a permis qu’une interaction très limitée entre les journalistes et les politiques. Certes le vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon, n’a pas su réfréner, à cette occasion, les provocations dont il est coutumier. Mais Tzahi Hanegbi, président de la commission parlementaire des affaires étrangères et de la défense de la Knesset et co-hôte de l’événement, a jugé la manifestation fondatrice d’un dialogue à poursuivre.

Dans le Jerusalem Post, l'affaire du voile en France voisine avec les rumeurs de séparation d'Angelina Jolie et Brad Pitt. © Tous droits réservés.
Enfin, l’actualité israélienne peut se faire légère, comme lorsque Haaretz évoque, en page 2, le scandale des « tickets de concert de Madonna » : une enquête vient d’être ouverte par l’équivalent israélien de la Cour des comptes pour déterminer si le ministre du Tourisme Stas Misezhnikov et sa femme ont bénéficié de tickets gratuits pour le concert donné par la star américaine en septembre dernier…
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